Oralité, première forme de Littérature caribéenne.

L’ oralité se définit comme «  la qualité de ce qui est parlé, transmis par la parole », de « ce qui est émis, prononcé de vive voix ». En ce sens, l’oralité demeure le « premier espace de communication » dans les communautés dites primitives.

Il est nécessaire de rappeler l’importance de l’oralité dans les origines de la littérature caribéenne. Nous ne saurions ignorer que cette oralité constitue un aspect important des traditions africaines dont nous avons hérités. Rappelons-nous que les contes, les audiences, comptines et bien d’autres formes orales, ont été développées aux Antilles par des esclaves africains qui n’avaient pas le droit de s’instruire, et donc pas accès à l’écrit. Ainsi, lorsqu’il leur était permis, les esclaves se réunissaient pour conter, s’exprimer, mettre en scène des personnages et créatures.

En Afrique, le conte est un récit entremêlant réalités et imaginaires qui, au delà d’une volonté de distraire, instruit et éduque le public. Ce récit d’abord oral, puis écrit, transmet des valeurs, des principes, des morales. Il tend à responsabiliser un public plus jeune ou non, à véhiculer une moralité. Ici, un exemple de conte africain :

« Il était une fois un homme très riche. Il était sans doute l’homme le plus riche de son village. Il était également l’homme le plus avare à telle enseigne qu’on le surnommait M’bibizo signifiant  » l’homme avare « . M’bibizo était unique par son caractère avare, il n’avait ni femme ni employé, il exécutait lui-même tous les travaux domestiques et il était fier de ne rien dépenser.

Un jour, dans l’accomplissement de ses travaux, M’bibizo tomba dans un puits et poussa un cri d’appel au secours très violent :

– A l’aide, à l’aide ! ! ! hurlait-il.

Aussitôt, son voisin le plus proche accourut et lui tendit la main en s’exclamant :

– M’bibizo, donne-moi ta main que je te sorte du puits.

Mais M’bibizo détestait donner quoique se soit et c’est avec retard qu’il finit par tendre sa main. Ce long temps de réaction lui fut fatal. Sans doute aurait-il survécu si son voisin lui avait dit  » prend ma main « . Les sages du village retinrent que ce fut bien l’avarice qui finit par tuer le riche M’bibizo. »

En fait, c’est plus complexe que l’on ne pense concernant la tradition orale africaine. Une certaine sacralisation de l’art oratoire, prend forme dans le griotisme. Le griot officie en tant que « communicateur traditionnel », appelé soit djéli dans la langue madingue, soit guéwël en pays wolof et gawlo, jéli, barde dans diverses langues. Nous conférons au griot le pouvoir unique de transmission des traditions orales, des compétences de performances orales ou performances artistiques. Pour cela, il jouit d’une grande liberté d’expression. A noter que ces quelques lignes ne reflètent que peu la qualité de griot.

Le conte antillais est sûrement le principal témoin d’un rejet de l’autorité, d’une résistance à l’asservissement et d’un besoin d’expression durant la période coloniale. Après cette période d’esclavage et de traite négrière, les conteurs n’ont pas cessé d’exercer et de transmettre ces contes de générations en générations. Ils se réunissent devant femmes et enfants et cette fois, dans d’autres conditions : lors de veillées mortuaires, lors d’événements mémorables ou historiques.

« Autrefois, du temps où il n’y avait en Guadeloupe, ni télé, ni électricité, les enfants, les jours de clair de lune, s’asseyaient dehors, autour des adultes qui leur racontaient des histoires»

Sylviane TELCHID

La langue créole se trouve une place majestueuse dans le conte antillais. C’est par elle, que nous tremblons, presque goulafres face à l’intrigue. Souvenez-vous des soupirs des enfants, de la danse tumultueuse des mains sur le Ka et des mots créoles entrecoupés de Krik! Krak ! dans lesquels nous prenons des claques de Dyables, ti Jean et bals masqués. La magie du conteur n’est comparable à aucune autre, tant il s’exerce à incarner la vie, la nature, la légende elle-même.

Publié par Tessa Naime

Ecrivaine guadeloupéenne

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