Mé 67 : L’analyse de Michelle Martineau

Ce 27 Mai, jour de commémoration de l’abolition de l’esclavage pour les guadeloupéens, Michelle Martineau, femme guadeloupéenne et doctorante en Sciences po, à l’Université de Montréal, publiait le premier article de son blog Identités Caraïbes sur les èvènements de Mai 1967, de Guadeloupe. Dans cet article, elle analyse une période cruciale de l’histoire de l’île, souvent méconnue :

«  Dans un souci de devoir de mémoire et de vulgarisation historique, cet article[2] a pour but de faire revivre une page sombre de l’histoire guadeloupéenne. Également, il s’agit de poursuivre ce travail de mémoire auprès d’une jeunesse qui semble ne pas connaître ce pan de l’histoire qui a façonné le paysage social, politique, et surtout identitaire de la Guadeloupe. Toutefois, il ne s’agit nullement ici de prendre position pour ou contre le mouvement indépendantiste-nationaliste guadeloupéen mais tout simplement de relater des faits nourrit par une analyse réflexive de type scientifique en se basant à la fois sur des rapports et une littérature en rapport avec le nationalisme, l’identité et autres.

Avec ces évènements, c’est un éveil des consciences sur la question identitaire qui prendra le pas dans les revendications politiques, économiques et sociales déjà martelées par de nombreux opposants à la départementalisation et à la politique assimilationniste de la France.

Avec les évènements de Mé 67, l’expression « Français à part » prendra tout son sens.

Avec les évènements de Mé 67, c’est la violence politique et étatique qui se manifeste.

Avec les évènements de Mé 67, c’est la traduction d’une Guadeloupe postcoloniale en ébullition.

C’est ainsi que je vous propose de revenir ensemble sur cet évènement sanglant qui marquera à jamais la Guadeloupe. Il sera précédé de l’Affaire Srnsky où sa relation étroite avec les évènements de Mé 67 démontrent le malaise identitaire déjà bien visible dans une Guadeloupe postcoloniale. Les relents de la colonisation et la structure sociale (marquée par une hiérarchie raciale) de la Guadeloupe ne font que renforcer les revendications politiques, économiques, sociales et identitaires soulevés par de nombreux opposants à la politique assimilationniste de la France dont les mouvements indépendantistes-nationalistes.

L’affaire Srnsky : prologue de Mé 67

Quelques mois auparavant, le 20 mars 1967 plus exactement, nait une altercation entre un commerçant d’origine européenne de race blanche, Srnsky, et un homme d’origine guadeloupéenne de race noire, Raphaël Balzinc. La prise en compte des origines ethniques de ces deux protagonistes est importante, car on le verra un peu plus tard; cette différence ethnique aura un poids dans le déroulé des évènements.

Vers 9h, Mr Srnsky refuse à Mr Balzinc de lui céder le passage sur le trottoir sur lequel est situé son magasin de chaussures. Pire, Mr Srnsky décidera de lâcher son chien en direction de Mr Balzinc en prononçant la phrase suivante : « Dis bonjour au nègre ». La réaction de la population ne tardera pas : scandalisée, la jeunesse guadeloupéenne décide de se regrouper et de renverser la Mercedes de Mr Srnsky, dans la mer. Interpelées, les forces de l’ordre décident d’intervenir et se retrouvent vite débordées face à la colère de la population. Il est 12h45.

La tension ne retombe pas. Bien au contraire, le jour suivant, le 21 mars 1967, un face-à-face tendu oppose la population et les forces de l’ordre. Il se soldera par de nombreux affrontements, de jets de pierres et la manifestation de la colère d’une jeunesse exaspérée par le comportement de certains métropolitains. En effet, le Rapport Stora démontre par ces manifestations l’indignation d’une population guadeloupéenne où les perspectives d’avenir se retrouvent réduites (fort taux de chômage par exemple) et où, les fonctionnaires métropolitains arrivent en masse pour occuper des postes à responsabilité au détriment de la population locale. De ce fait, il y a une affirmation d’inégalités de traitement entre la population antillaise et les Français issus de l’Hexagone. La différence ethnique mentionnée un peu plus haut nous permet déjà de comprendre la réaction de la population face au comportement de Mr Srnsky.

Mais le plus intéressant dans cette affaire est la réaction des autorités étatiques. À l’époque, Mr Jacques Foccart, secrétaire d’État aux Affaires africaines et malgaches et père de la FrançAfrique et Pierre Belotte, préfet de la Guadeloupe, accuseront le mouvement indépendantiste – le G.O.N.G.[3] – d’être responsable des échauffourées. C’est d’ailleurs ce même groupe qui sera accusé du bain de sang lors des évènements de Mé 67. J’y reviendrai ultérieurement. Cette mention est importante car durant les années 1950-1960, à l’ère de la décolonisation, nombres sont les îles caribéennes a demandé leurs indépendances tout comme leurs voisins africains et asiatiques. La France ayant perdu l’Algérie en 1962 ne peut se permettre de perdre la Guadeloupe, considérée comme l’une des « vielles colonies » françaises.  Il faut comprendre que derrière ce maintien de la Guadeloupe[4] dans le paysage administratif et politique français, c’est la préservation d’intérêts économiques, militaires et stratégiques qui est en jeu (…) »

Publié par Tessa Naime

Ecrivaine guadeloupéenne

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