Préface du « Cahier d’une étudiante Noire à l’Université de Sherbrooke »

Vers l’écriture du Cahier  : The painting of Emmett Till ou l’exploitation et exhibition des corps colonisés dans la création

Rédigé par Tessa Naime pour le cours Altérité sans déguisement, le Cahier est en lien avec l’œuvre Open Casket réalisé par Dana Schutz.  Le tableau de cette artiste blanche est une représentation nouvelle de la photographie d’Emmett Till au visage tuméfié (1955). Ce jeune afro-américain fut l’un des martyrs de la société américaine, lynché, assassiné et laissé pour morts dans le Mississipi des années 50, après avoir été accusé de flirter avec une femme blanche.

L’œuvre polémique, n’étant pas qu’une simple représentation mais surtout l’exploitation artistique d’une tragédie américaine ; voire même la sublimation d’un crime raciste, reflète les rapports de dominations qui subsistent dans la création et qui trouvent même refuge dans celle-ci.  Elle trahit les rapports qu’entretiennent les peuples racisés et les figures dominantes aujourd’hui, et questionne le rôle de l’artiste dans la déconstruction de ces rapports : pourquoi l’artiste s’intéresse à ces problématiques et que risque-t-il ?[1] L’art peut-il se détacher de la recherche sur la relation avec autrui, ou de l’engagement envers l’autre lorsqu’on le représente ? Comment écrire et créer dans une société marquée par des différences culturelles et des visions ethnocentriques ?

Tout d’abord, cette tendance à la création sur l’Autre, pour laquelle les créateurs ou artistes s’approprient une histoire – bien souvent celle des communautés minoritaires – se développe de plus en plus dans notre époque et elle est peut-être en fait l’échappatoire ultime à la censure.  Puisque la censure existe ailleurs, mais elle a encore du mal à se manifester dans le milieu artistique : on ne touche pas à l’art, ou plutôt on ne le contrôle pas autant que tout autre domaine : la religion, l’humour, le travail, la politique, les médias sociaux.  L’art, trop proche de la Culture, se veut plus que jamais épris de la Liberté d’expression.   L’exploitation de corps, de cultures, de souffrances, n’est pas une pratique nouvelle dans la société américaine. Comment reproduire les mêmes schémas d’hier à aujourd’hui et prétendre qu’ils ne dissimulent pas les mêmes messages ?

En second lieu, l’objectif visé par les conservateurs – c’est-à-dire la recherche de « liens empathiques dans une période conflictuelle » – est d’autant plus problématique, que l’œuvre elle-même. Je suis de ceux qui considèrent l’empathie comme résultante d’un racisme confortable que l’on ne souhaite pas accuser. En cherchant à créer une émotion sur un sujet aussi rationnel que le racisme, ne sont-ils pas en train d’excuser la haine de l’Autre ? Car si vous pouvez compatir du passé commun, vous n’êtes plus responsables de vos privilèges actuels.  La compassion n’est-elle pas une invitation aux privilégiés, d’être encore à la même place dominante : parce qu’ils décident encore de ce qui est compatissable, censurable, exploitable ou non ?  En questionnant l’idée d’une exploitation du corps Noir, je me décide à mettre en scène mon propre corps, et donc ma propre expérience de femme Noire à l’Université ; là où se sont chevauchés des immersions artistiques, des discussions, des évènements et des pensées.           

 Le Cahier d’une étudiante noire à l’Université de Sherbrooke se présente comme une lettre à l’humanité, une lettre à mon Humanité, une lettre à mon corps colonisé, alors même que les mots m’ont manqué durant ces trois années d’études. Il me semblait cohérent de reprendre la parole, d’extraire de cette expérience une réflexion très intime sur les malaises, les inconforts et les positions dominantes dans un contexte de controverses majeures. En forme libre, le Cahier se définit comme un album d’émotions, et même un ensemble de critiques, d’opinions, de monologues et de dialogues, où l’altérité trouve une place centrale, tout autant que l’intersubjectivité. En décembre 2020, il a été remis comme travail final du cours ELC Altérité sans déguisement de Stéphane Martelly, à l’Udes.


[1] La prise de risque dans la création : questionnement de Stéphane Martelly, enseignante-chercheuse.

Bibliographie

Scandellari, T. (2018). 1. Définition d’un concept-clé. Dans : T. Scandellari, Politiques d’intégration et de lutte contre les exclusions (pp. 3-39). Paris : Dunod.

Fortin, S. (2000) Pour en finir avec l’intégration… Groupe de recherche ethnicité et société, CEETUM, Document de travail.

Fanon, F   Peau Noire, Masques blancs.

Artnet News. « Painting of Emmett Till at Whitney Biennial Sparks Protest », 21 mars 2017. https://news.artnet.com/art-world/dana-schutz-painting-emmett-till-whitney-biennial-protest-897929

Gay, Amandine. « «Exhibit B»: Oui, un spectacle qui se veut antiraciste peut être raciste ». Slate.fr, 29 novembre 2014. http://www.slate.fr/story/95219/exhibit-b-raciste.

Les Femmes antillaises domestiques au Canada : un rôle officiellement reconnu dans l’Histoire.

Vers le XVIIIe siècle, les migrations d’Antillais prennent de l’ampleur. Des mouvements de traite négrière aux mouvements de Marrons jamaïcains d’Halifax, en passant par l’exode des martiniquais et guadeloupéens, l’histoire canadienne ne peut plus nier le rôle majeur de la communauté afro-descendante. Le recensement de 2016 établit que « 749 155 Canadiens seraient d’origine antillaise ». Venant des territoires anglophones (Trinidad, Jamaïque, Barbade), et des territoires francophones (Guadeloupe, Martinique, Haïti) des Antilles, ces canadiens noirs se sont installés depuis les années 70. L’arrivée au Canada de ces personnes coïncide avec les politiques d’immigration émergeant sous le régime de Pierre Elliott Trudeau.

Les données de Statistiques Canada indiquent qu’en 2001 42 % de personnes déclarées d’origine antillaise disaient être jamaïcaines, contre « 16 % qui disaient être d’origine haïtienne, 12 % martiniquaises et guadeloupéennes, 10% guyanaises, 10 % trinidadiennes et 5 % barbadiennes ». Elles précisent que « 55 % des Canadiens d’origine antillaise étaient nés à l’extérieur du Canada »1.

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Le Vodou haïtien, l’autre visage de la résistance

Le Vodou, originaire des croyances animistes, a subi une longue marginalisation et persécution par la pensée occidentale et le catholicisme prédominant. Bien des fantasmes, des amalgames et des confusions l’associent à la sorcellerie et l’occultisme. Par définition,  « vodou » est issu du terme de langue Fengbé « vodoun » qui renvoie aux forces divines de la Nature et aux influences de celle-ci.  Il s’agit encore d’une définition bien vague.

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La communauté indo-guadeloupéenne : l’analyse de Michelle Martineau

Michelle Martineau, fondatrice du site Identités Caraïbes et doctorante en Sciences po à l’Udem publie un nouvel article sur la communauté indienne de Guadeloupe. Elle écrit :

Le vote de Mme Pirbakas, le 19 juin 2020, suite à la résolution permettant la reconnaissance de l’esclavage comme crime contre l’humanité a suscité l’émoi de la classe politique antillaise. Présentée par Younous Omarjee, député européen issu du parti politique « la France Insoumise », cette résolution à valeur symbolique vient s’ajouter à la loi Taubira votée 9 ans plus tôt en France.

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Exhibition des corps colonisés : légitime ou non ?

Depuis peu d’années, la recherche postcoloniale effleure sans cesse « le droit ou la légitimité à publier des images de la domination des corps esclavagisés, colonisés, racisés». Cette question de légitimité renvoie à l’héritage colonial des pays tels que la France, les Etats-Unis, le Royaume-Uni ; elle renvoie à l’ère des traditions d’exhibitions de « sauvages », véritables zoos humains où des millions de visiteurs se procuraient leur ticket de 3 F pour contempler, observer, voir des corps étrangers ou racisés.

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Discours sur le néocolonialisme

Steve Fola Gadet, est un écrivain activiste guadeloupéen, enseignant chercheur à l’Université des Antilles Guyane. En 2018, il publie un ouvrage intitulé Discours sur le néocolonialisme, dans lequel il analyse à son tour la situation actuelle du pays. Il écrit :

«  Le néocolonialisme c’est un empêcheur de maîtriser son destin. C’est un système politique, économique, médiatique et éducatif qui étouffe l’envie de pouvoir de ceux qui ont moins d’armes, moins de moyens, moins de forces et moins d’argent que Lui.

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Mé 67 : L’analyse de Michelle Martineau

Ce 27 Mai, jour de commémoration de l’abolition de l’esclavage pour les guadeloupéens, Michelle Martineau, femme guadeloupéenne et doctorante en Sciences po, à l’Université de Montréal, publiait le premier article de son blog Identités Caraïbes sur les èvènements de Mai 1967, de Guadeloupe. Dans cet article, elle analyse une période cruciale de l’histoire de l’île, souvent méconnue :

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Le Nègre de la poésie césairienne

A la fois, homme de lettres et homme politique, Aimé Césaire a été l’une des figures les plus influentes du Mouvement de la Négritude.   Rêveur et chercheur de liberté, le poète a fondé le journal l’Étudiant noir avec Damas et Léopold Senghor, tous inspirés par les courants de pensées afro-américains.

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N°1 MAGAZINE / Mawonaj Klordékon

N E G : L’ART DE RESISTER


Le projet de recherche-création NEG Magazine est une modeste contribution à la transmission d’un savoir décolonisé, par le recueil de diverses formes de marronnage des intellectuels et des artistes noirs antillais. Le premier numéro aborde le sujet du Chlodécone aux Antilles françaises.


Oralité, première forme de Littérature caribéenne.

L’ oralité se définit comme «  la qualité de ce qui est parlé, transmis par la parole », de « ce qui est émis, prononcé de vive voix ». En ce sens, l’oralité demeure le « premier espace de communication » dans les communautés dites primitives.

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